On en revient toujours à Shakespeare

Né le : 23/04/1564 
Décédé le : 23/04/1616

 

Poète et dramaturge anglais (1564-1616) auteur d'une des plus grandes oeuvres de la littérature universelle. 
William Shakespeare, baptisé le 26 avril 1564 à Stratford-upon-Avon et mort le 23 avril 1616 (3 mai 1616 dans le calendrier grégorien) dans la même ville, est considéré comme l'un des plus grands poètes, dramaturges et écrivains de la culture anglaise. Il est réputé pour sa maîtrise des formes poétiques et littéraires, ainsi que sa capacité à représenter les aspects de la nature humaine. 
Figure éminente de la culture occidentale, Shakespeare continue d’influencer les artistes d’aujourd’hui. Il est traduit dans un grand nombre de langues et, selon l'Index Translationum, avec un total de 4 281 traductions, il vient au troisième rang des auteurs les plus traduits après Agatha Christie et Jules Verne. Ses pièces sont régulièrement jouées partout dans le monde. Shakespeare est l’un des rares dramaturges à avoir pratiqué aussi bien la comédie que la tragédie. 
Shakespeare écrivit trente-sept œuvres dramatiques, entre les années 1580 et 1613. Mais la chronologie exacte de ses pièces est encore discutée. Cependant, le volume de ses créations n'apparaît pas comme exceptionnel en regard de critères de l’époque. 
On mesure l’influence de Shakespeare sur la culture anglo-saxonne en observant les nombreuses références qui lui sont faites, que ce soit à travers des citations _ Hamlet : Être, ou ne pas être, c'est là la question _ des titres d’œuvres ou les innombrables adaptations de ses œuvres. L'anglais est d'ailleurs couramment désigné par la périphrase la langue de Shakespeare, tant cet auteur a marqué la langue de son pays en inventant de nombreux termes et expressions. Certaines citations d'ailleurs sont passées telles quelles dans le langage courant

source - ici

La mort qui a sucé le miel de ton haleine n'a pas encore eu de pouvoir sur ta beauté.

Chronologie des Pièces

1590-1596

  • Les Deux Gentilshommes de Vérone (1589-1593) une des plus anciennes pièces de Shakespeare, mentionnée par Francis Meres en 1598 ; première publication : 1623, Premier Folio

  • La Mégère apprivoisée ((en) The Taming of the Shrew) 1590-1593, premières représentations entre 1591 et 1594 ; première publication : 1623 (Premier Folio). Une pièce intitulée A Pleasant Conceited Historie, called The taming of a Shrew fut publiée en mai 1594.

  • Henri VI (deuxième partie) (1590-1591) : pièce publiée en 1594

  • Henri VI (troisième partie) (1590-1591) : pièce publiée en 1595

  • Henri VI (première partie) (1590-1592) , pièce probablement écrite en collaboration ; on suppose qu'elle est postérieure aux deuxième et troisième parties. Première publication : 1623, Premier Folio.

  • Richard III (1591-1593), premières représentations en 1592-1593, pièce publiée en 1597

  • La Comédie des erreurs (1591-1593) : une pièce intitulée La Nuit des erreurs a été jouée le 28 décembre 1594. Première publication : 1623 (Premier Folio).

  • Peines d'amour perdues (1593-1595), premières représentations en 1594-1595, pièce publiée en 1598

  • Roméo et Juliette (1594-1595), premières représentations en 1594-1595, publications en 1597 et 1599

  • Richard II (1594-1596) : jouée en 1595 (également le 7 février 1601), pièce publiée en 1597.

  • Le Songe d'une nuit d'été (1594-1595) : jouée le 1er janvier 1604, publiée en 1600.

  • Le Roi Jean (1594-1596), premières représentations en 1596-1597, publiée en 1622

  • Le Marchand de Venise (1595-1596) , premières représentations en 1596-1597, pièce publiée en 1600

  • Peines d'amour gagnées (entre 1595 et 1598), publication avant 1603 : pièce mentionnée par Francis Meres en 1598 ; une pièce publiée en Quarto sous ce titre est mentionnée dans une liste de 1603, mais elle n'a pas été retrouvée. On suppose que la pièce est une suite de Peines d'amour perdues ou que le titre désigne une pièce de Shakespeare connue sous un nom différent : Beaucoup de bruit pour rien ou Tout est bien qui finit bien.

1597-1611

  • Henry IV, première partie (1597) , premières représentations en 1597-1598, pièce publiée en 1598

  • Henry IV, deuxième partie (1597-1599) , premières représentations en 1598-1599, publication en 1600

  • Henry V (1597-1599), premières représentations en 1598-1599 , publication en 1600

  • Beaucoup de bruit pour rien (1597-1599, premières représentations en 1598-1599, publication en 1600

  • Jules César (1597-1599), premières représentations en 1599-1600, première publication en 1623 (Premier Folio)

  • Comme il vous plaira (1597-1599), premières représentations en 1599-1600

  • Les Joyeuses Commères de Windsor (1597-1601), pièce traditionnellement datée de 1600-1601, peut-être jouée dès 1597, publication en 1602

  • Hamlet (1599-1601), premières représentations en 1600-1601, pièce publiée en 1603 et 1604

  • La Nuit des rois (1600-1601), premières représentations en 1601 ou 1602, première publication en 1623 (Premier Folio)

  • Troïlus et Cressida (1600-1602), premières représentations peut-être en 1601-1602, ou peu avant 1609 (les sources divergent), pièce publiée en 1609

  • Tout est bien qui finit bien (1601-1605), pièce difficile à dater, premières représentations entre 1604 et 1606, première publication en 1623 (Premier Folio)

  • Mesure pour mesure (1602-1604), premières représentations en 1603-1604, première publication en 1623 (Premier Folio)

  • Othello ou le Maure de Venise (1602-1604) : pièce jouée en novembre 1604, première publication en 1622

  • Le Roi Lear (1603-1606) , premières représentations en 1605-1606, pièce jouée en décembre 1606, publiée en 1608

  • Macbeth (1605-1606), premières représentations en 1605-1606, première référence en 1611, première publication en 1623 (Premier Folio)

  • Antoine et Cléopâtre (1606-1607), premières représentations en 1606-1607, première publication en 1623 (Premier Folio)

  • Coriolan (1606-1608), premières représentations en 1607-1608, première publication en 1623 (Premier Folio)

  • Cymbeline (1609-1610), premières représentations en 1609-1610, première publication en 1623 (Premier Folio)

  • Le Conte d'hiver (1610-1611), premières représentations en 1610-1611, première référence en 1611, première publication en 1623 (Premier Folio)

  • La Tempête (1610-1611): pièce jouée le 1er novembre 1611, première publication en 1623 (Premier Folio)

Dans le langage commun, l’expression française « C’est shakespearien », comme les adjectifs « proustien » ou « kafkaïen », tente d’exprimer le sentiment qui saisit devant des situations ou des affects qui dépassent non seulement l’expérience ordinaire, mais surtout outrepassent tous les modèles littéraires plus familiers auxquels on voudrait se référer dans notre héritage culturel français - Voir la suite dans le PDF

L'influence de Shakespeare dans le théatre Français du XiX ième siècle

 Le chagrin, ce ver rongeur de la beauté. 
William Shakespeare ; La tempête (1611)

Le silence est l'interprète le plus éloquent de la joie. 
William Shakespeare ; Beaucoup de bruit pour rien (1600)

L'amour que l'on peut mesurer est un amour bien pauvre. 
William Shakespeare ; Antoine et Cléopâtre (1607)

 La pensée d'une femme court toujours en avant de ses actes. 
William Shakespeare ; Comme il vous plaira (1599)

 Oh ! apprends à aimer ! la leçon est bien simple, et une fois sue, elle n'est jamais oubliée. 
William Shakespeare ; Les sonnets, LXVIII (1609)

L'amour réjouit comme le rayon de soleil après la pluie. 
William Shakespeare ; Les sonnets, CXXXIV (1609)

Certains critiques affirment volontiers que la fermeture des théâtres pendant les terribles épidémies de peste qui ravagèrent Londres en 1592-1593 incita un Shakespeare désœuvré à s'adonner à une poésie autre que dramatique. Mais peut-on oublier que les dernières années du XVIe siècle furent une époque d'intense activité littéraire, où l'expression poétique tenait la plus large part ? Londres fourmille de poètes précieux ou érotiques, savants ou passionnés, qui cultivent l'élégie, la légende, le mythe, le sonnet ou la satire, qu'inspirent les amoristes latins ou italiens (Ovide et Pétrarque) et qui rivalisent d'ingéniosité dans l'invention et le bonheur verbal. Spenser, Marlowe, sir Philip Sidney, Daniel, Drayton et tant d'autres entraînent le siècle dans un tourbillon poétique inouï. Shakespeare n'a aucun effort à faire pour céder à la tentation. Il fréquente la société cultivée, il a des amis chez les aristocrates, et c'est pour eux qu'il écrit ses poèmes, Venus and Adonis (1593) et Rape of Lucrece (1594) dédiés au Très Honorable Henry Wriothesley, comte de Southampton.

Ces deux poèmes, dont l'un a mille deux cents vers et l'autre près de deux mille, sont des joyaux du genre.

Vénus et Adonis s'inscrit dans la tradition ovidéenne, l'Ovide des Métamorphoses et des amours divinisées, tout comme Héro et Léandre (1592) de Marlowe, et bien d'autres poèmes narratifs qui mettent au service de la sensualité la grâce des images décoratives et les suavités d'une langue mélodieuse. Ici, c'est l'histoire classique d'un Adonis frigide poursuivi par une Vénus lascive, acharnée à la possession d'une beauté qui se dérobe et finalement se perd. C'est l'affrontement de la volupté et de la chasteté, du désir et de la frustration, de la pudeur et de la frénésie amoureuse.

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Anne Hathaway femme de WIlliam laisse peu de trace, mais on voit des avis sur le sujet.

Shakespeare est le plus grand poète de langue anglaise. Mais l'homme qui a créé cette oeuvre nous apparaît comme dans un Caravage : une série de taches lumineuses surgissant des ténèbres. Entre sa naissance à Stratford-sur-Avon, en 1564, et sa mort dans la même ville, en 1616, nous ne savons quasiment rien de sa vie. Eugène Green analyse ces rares éléments biographiques autour du contraste qui réunit, dans une même personnalité, un artiste incomparable et un entrepreneur ambitieux cherchant à assurer à sa famille confort et sécurité. Interrogeant les oeuvres, il montre comment Shakespeare se situe à la charnière de deux mondes : celui qui, dans les années 1590, était encore un reflet de la volonté divine, et celui qui, après 1600, bascula dans la modernité. Nous passons ainsi, d'une pièce à l'autre, du monde médiéval encore fondé sur une hiérarchie sacrée, au monde baroque tendu entre un univers scientifiquement observable et un Dieu caché. En ressort la figure énigmatique et fascinante d'un Shakespeare clandestin, créateur de formes théâtrales capables d'exprimer toute la complexité de l'univers baroque.- 

Des mp3 à télécharger pour écouter Shakespeare en AUDIO
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En cliquant sur ce lien ou sur l'image du livre au dessus, vous aurez accés au . First Folio : published according to the true originall copies Mr. William Shakespeares Comedies, Histories, & Tragedies

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Une exposition de peintures de DELACROIX mélangée avec des écrits de Shakespeare romantique

Exposé sur William Shakespeare de Madame Lucile Gauchers. et pourquoi je fais un copier/coller de son blog. Car la présentation sur plusieurs pages est difficile à suivre.

WILLIAM SHAKESPEARE 1564 - 1616

Je vous avais promis de publier un exposé sur William Shakespeare qui date des années de lycée (donc de la fin des années 60). Je ne me souviens plus d'où j'avais copié les informations que je vais vous livrer ici. À l'époque, je n'avais pas pensé à relever "mes sources". Vous voudrez bien m'en excuser. Cet exposé sera publié en plusieurs "épisodes" compte tenu de sa longueur.

Partie 1 - L'Angleterre au moment où Shakespeare entre en scène

Elizabeth règne depuis six ans quand William Shakespeare, dont on ne sait avec certitude s'il est l'auteur des oeuvres publiées sous ce nom, nait en 1564. Quand il décède en 1616, Jacques 1er est depuis treize ans sur le trône d'Angleterre [ Jacques Ier (James Stuart ou Stewart ou Seumas Stiubhart en gaélique écossais) (1566-1625), roi d'Angleterre et d'Irlande de 1603 à 1625) ].

Pendant cette période, l'Angleterre, modeste état peu peuplé, assez pauvre, enténébré et mal connu au-dehors, passe au rang de très grande puissance, atteint un degré inouï de prospérité matérielle et allume, dans le domaines des Lettres, des feux éblouissants.

Le trait dominant de l'Angleterre où vit Shakespeare est la coexistence de la brutalité des moeurs avec le raffinement de la culture et aussi son extension. Nombre de courtauds de boutiques, d'artisans, voire de paysans, achètent des livres et les étudient. La traduction de la Bible en "langue vulgaire" a donné aux masses le goût de la lecture ! L'instruction se répand, aussi les petites gens ne sont-ils pas rares qui entendent les allusions historiques et mythologiques. Ainsi s'expliquerait le succès remporté par les pièces shakespeariennes devant un public singulièrement mélangé ! D'une manière générale, le goût est à l'opposé du classicisme.

On a conservé du Moyen-Âge le goût des allégories. Leur symbolisme est encore obscurci par une grande préciosité d'expression. Le style est très tarabiscoté. La mode vestimentaire participe à la truculence générale. Le luxe de l'habillement n'est pas le privilège de la seule aristocratie. Aussi bien les diverses couches de la société anglaise sont-elles moins imperméables les unes aux autres que sur le continent :

a) L'ancienne aristocratie s'est vue en grande partie anéantie par la Guerre des Deux Roses (série de guerres civiles qui ont eu lieu en Angleterre entre la maison royale de Lancastre et la maison royale d'York). Quant à la nouvelle, enrichie par la confiscation des biens des moines, elle n'est ni très hautaine ni très fermée. L'accès à la gentry* est aisé (*nom donné à la bonne société anglaise, et en particulier à la noblesse non titrée qui est de bonne éducation et « a des valeurs »).

b) Au-dessous de classe noble :

- La bourgeoisie : gens de robe longue, chez qui les pièces de Shakespeare trouvent des auditeurs particulièrement avertis.

- Les marchands aisés dont l'ascension est la plus certaine.

- Les moyens propriétaires fonciers qui sont toujours considérés comme "l'épine dorsale du royaume".

c) La grande majorité de la nation qui se compose de la masse aux contours mal définis : des paysans, des artisans, des ouvriers et des gens de la mer.

- Les paysans forment encore les trois-quarts de la population. Dans l'ensemble, ils ne sont pas malheureux. Surtout, la campagne participe à l'allégresse générale de l'époque : le théâtre de Shakespeare est rempli de "ces rustiques, grossiers de manières, mais d'esprit délié et de répartie subtile et prompte".

- Les artisans et les salariés sont nombreux. Pour se faire une idée de leur comportement, il faut encore se reporter à Shakespeare : dans beaucoup de ses oeuvres, il nous rend vivant, sous un déguisement romain ou italien, "ce petit peuple prompt à l'enthousiasme comme à l'abattement et, surtout à Londres, versatile et singulièrement turbulent".

Diverse et bouillonnante, la nation est en même temps profondément religieuse. Les anglais, dans leur ensemble, sont restés de fervents chrétiens.. La très grande majorité accepte la Réforme typiquement britannique qui consiste en une "transaction d'inspiration entre le calvinisme et le catholicisme". Sous le règne d'Elizabeth, les rébellions catholiques sont successivement étouffées, et, quand Jacques 1er accède au trône en 1603, l'Angleterre est sans retour possible acquise à la Réforme. Cependant apparaît l'opposition puritaine contre laquelle Jacques 1er sévira avec brutalité. Il ne réussira qu'à la durcir et à préparer "la révolution politico-religieuse" qui fera tomber la tête de son fils Charles 1er (décapité le 30 janvier 1649). Peut-être le visionnaire Shakespeare a-t-il une prémonition de cette révolution quand il intitule une de ses toutes dernières pièces : "La tempête".

Cependant, il y a une foi qui anime tous les anglais : le patriotisme. À la suite de la dispersion de l'Invincible Armada (défaite du 8 août 1588), on assiste à une véritable explosion de nationalisme. Shakespeare - ses drames historiques en témoignent - n'est pas moins convaincu de la "supériorité de la race". Il dira de l'Angleterre : "Ce nid de cygnes au coeur d'un vaste étang" ! Les anglais sont ivres de fierté et d'orgueil, ce qui semble naturel quand on considère ce que produit le "génie anglais". Ces ivresses, les sujets d'Elizabeth les connaissent toutes : griserie de la puissance, griserie intellectuelle et poétique. Mais après la mort de la reine, elles tendent à se dissiper. Cependant, Shakespeare restera jusqu'au bout "élizabéthain"

Qui était réellement William Shakespeare ?

Deux mois avant sa mort survenue le 3 septembre 1592, Robert Greene, poète anglais, écrivait un méchant libelle (pamphlet) : "Quatre liards d'esprit", et exhortait ses confrères à se défier des comédiens, notamment d' "un parvenu, corbeau paré de nos plumes, qui, par son coeur de tigre caché dans la peau d'un acteur, se croit aussi capable que les meilleurs d'entre nous de boursoufler un vers, et, vrai Jean à tout faire, se figure être le seul branle-scène (shake-scene) du pays".

L'invective vise un homme de théâtre, qui, comme un poète prétend écrire en vers. Quel vers ? Le seul cité sort du "Troisième Henry VI" : " O tiger's heart wrapped in a woman's hide" dont le folio de 1623 l'attribuait à un certain Shakespeare. Le calembour est-il intentionnel ? Ainsi la première mention du barde dans l'histoire s'entoure-t-elle déjà de mystère et d'ambiguïté !

Ce Shakespeare est né le 23 avril 1564 à Stratford on Avon in the Warwickshire. Son père John Shakspere (mort en 1601) épousa Mary Arden (catholique, morte en 1608). Ils eurent huit enfants dont plusieurs décédèrent enfants ou très jeunes. Des garçons, ce fut William qui vécut le plus longtemps. Sans doute les enfants furent-ils élevés dans la religion de leur mère. Rien n'assure que le jeune Shakespeare fréquenta la Grammar School ni qu'il fut apprenti-boucher, chantre chez les papistes ou garçon de taverne !

Il faut attendre 18 ans, jusqu'au 27 novembre 1582 pour découvrir une nouvelle trace de son existence. Il se serait marié avec une Anne Hathaway de 7 ou 8 ans son aînée. Mais, certains mystères demeurent sur la question de savoir dans quelle église Shakespeare se serait marié. En effet, les documents qui attestent de son mariage existent toujours mais les noms ne sont malheureusement pas orthographiés correctement. On retrouve ainsi dans un des registres disponibles deux entrées suspectes, la première datée du 27 Novembre et concernant « Wm Shaxpere et Annam Whateley de Temple Grafton », et la seconde datée du 28 Novembre au nom de « William Shagspeare et Anne Hathwey ». Par ailleurs, la fille du couple – Susanna – naquit six mois après, confirmant ainsi qu’Anne était effectivement enceinte lorsqu’elle s’est mariée. On ne pense pas que le mariage fut heureux avec une épouse plus âgée. "La Nuit des Rois" recommande l'inverse. "La mégère (apprivoisée)" veut qu'une demoiselle obéisse à son Seigneur-maître, et "La tempête", qu'elle se marie vierge.

Quand nous le retrouvons sept ans plus tard à Londres, il semble avoir acquis déjà assez de notoriété pour faire indiquer à ses confrères : "corbeau paré de nos plumes" ! (Robert Greene)

On sait peu de choses de ses débuts. Deux hypothèses sont avancées :

- Certains prétendent qu'il aurait quitté sa ville natale pour échapper au juge Thomas Lucy (le futur Sallow des "Joyeuses Commères de Windsor", persécuteur de Falstaff)

- Mais ses placements à Stratford rendent l'hypothèse peu probable. On le peint gravissant un à un les échelons de l'art dramatique : palefrenier, souffleur, acteur, adaptateur, et enfin poète.

Quels que soient ses débuts, en Février 1593, six mois après les injures de Greene, il publie son premier livre chez Richard Field : "Vénus et Adonis" dédié au Troisième Comte de Southampton, Baron de Titchfield. Le 9 mai 1594 chez le même éditeur sort un autre volume : "Le Viol de Lucrèce" dédié à la même personne.

La peste sévissant ferme les théâtres, vide Londres, et il est bien possible qu'à cette occasion, le Comte de Southampton ait accueilli son protégé au château de Titchfield pour y écrire la première pièce signée Shakespeare : "Peines d'amour perdu(es ?)" (Love's Labour's lost). Acteur ou auteur ? Ni sur son jeu ni sur ses rôles, nous ne sommes bien renseignés. Selon John Aubrey (1626 - 1697), érudit et écrivain anglais, surtout connu pour son recueil de courtes biographies (Brief lives) : "il jouait extrêmement bien". Mais Nicolas Rowe (1673 - 1718) qui a donné l'édition des oeuvres de Shakespeare, avoue : "tout ce que j'ai pu savoir, c'est que le sommet de sa carrière fut le rôle du spectre dans Hamlet".

Il déplore sa profession et compare les comédiens à des teinturiers : ce que ceux-ci ont sur les mains, eux l'ont sur l'âme ! La seule troupe où sa présence soit attestée est la fameuse compagnie de James Burbage, patronnée par Lord Chamberlain. Les 26 et 27 décembre 1594, son nom figure dans les comptes de la Maison Royale, pour des représentations données devant la Cour. Il s'y retrouvera d eloin en loin jusqu'à sa retraite.

Deux mois après la mort de son fils Hamnet le 10 octobre 1596, frère jumeau de Judith, nés en 1985, le grand-père le vieux John Shakespeare reçoit enfin licence de porter armoiries avec la devise : "non sans droit". La fortune du fils explique peut-être l'ascension du père. En mai 1597, l'achat d'une somptueuse demeure New Place, consacre en William un propriétaire prévoyant. Les années passent, les biens s'arrondissent. Il achète des actions, un domaine à Stratford-upon-Avon, les dîmes de quatre paroisses, encore des actions et même un immeuble en 1613.. Tout ce qu'il amasse, il le transforme en biens fonciers. La richesse l'obnubile au point de trainer en justice un quidam qui lui doit six livres et un apothicaire qui lui doit 35 shillings ! La mort de son père en 1601 ne trouble guère sa carrière.

1) Le statut de l'artiste dans l'Angleterre élizabéthaine.

Il différait à tel point du nôtre qu'on a peine à le concevoir. Pour la moyenne des contemporains, une pièce de théâtre, c'est d'abord un texte rédigé par un écrivain et interprété par tels comédiens plus ou moins célèbres.

Pour les foules du XVIè siècle encore proches des grandes oeuvres anonymes du Moyen-Âge, une pièce, c'est d'abord : un sujet, une intrigue, et il n'est pas sûr que l'Hamlet de Thomas Kyd (1558 - 1594) se distingue beaucoup de celui de Shakespeare !

De là par exemple les précisions naïves dont les titres s'encombrent.

De là encore l'absence de scrupules en matière de "propriété littéraire" : ces histoires étaient aussi communes que l'air du temps. N'importe qui peut piller l'oeuvre du voisin, ajouter, retrancher selon sa fantaisie, et l'on sait que, dans la guerre froide qu'ils se livrent, les théâtres n'hésitent pas à s'espionner les uns les autres, à se voler des mises en scène, des idées, des manuscrits !

Il est fort probable que l'indignation de Green, devant le "corbeau paré des plumes" d'autrui, n'était pas sans motif : plus d'un passage de Henry VI sent le plagiat de Marlowe ou Chapman, et les nombreux emprunts et rajouts qui grèvent "Macbeth", "Le Roi Lear" ou "Mesure pour Mesure" posent de nos jours, à la science shakespearienne, les plus redoutables problèmes d'édition, et par conséquent d'interprétation.

Cette quasi indifférence de l'authenticité tient d'ailleurs au public lui-même. Dans la hiérarchie théâtrale, l'auteur vient en dernier. C'est ainsi qu'il ne figure jamais dans les Livres de Comptes de la Maison Royale, qui se borne à indiquer la Compagnie, le comédien qui a perçu l'argent, et parfois, au hasard, le titre d'un drame ! On comprend, dans ces circonstances, que le moindre texte entraine d'interminables questions d'attribution, et que le doute à la longue s'étende à la personne même de l'écrivain. Cependant, du vivant de Shakespeare, plusieurs livres portant son nom avaient vu le jour en librairie, précédés parfois d'éditions anonymes :

- 1593 : "Vénus et Adonis"

- 1594 : "Le viol de Lucrèce"

- 1598 : "Peines d'amour perdues", "Richard II", "Richard III"

- 1599 : "Le premier Henry IV", "Le pèlerin passionné"

- 1600 : "Le marchand de Venise", "Le deuxième Henri IV", "Beaucoup de bruit pour rien",

"Le songe d'une nuit d'été"

- 1603 : "Hamlet"

- 1608 : Le Roi Lear"

- 1609 : "Troïlus et Cressida", Périclès" et "Les Sonnets".

À cette liste s'ajoutent, publiés soit durant la vie du poète, soit peu après sa mort mais sans mention de son identité : "Titus Andronicus", "Une mégère apprivoisée", "Henry V", "Othello", "Le troisième Henry IV". En outre, neuf pièces associées à Shakespeare, les unes imprimées de son temps, les autres écrites en collaboration, sont aujourd'hui ou perdues ou rejetées : "Locrine", "Sir John Oldcastle", "Thomas Lord Cromwell" etc.

D'autres enfin, pour n'avoir pas eu l'honneur de l'impression, n'en figurent pas moins sur les documents officiels de l'époque : "Comme il vous plaira", "Antoine et Cléopâtre", "La tempête", "Le conte d'hiver", "Othello", "César".

Une situation si confuse appelait des mesures : si l'on entendait préserver la mémoire du dramaturge, il fallait qu'un volume rassemblât les textes épars et rejetât l'ivraie ! Après des échecs, on aboutit au célèbre "Folio de 1623" groupant toutes les pièces qui composent l'oeuvre de Shakespeare : comédies, drames historiques, tragédies. Le volume comportait en outre des hommages de divers confrères. Artisans et collaborateurs du Folio s'accordent sur ce point capital : les 36 pièces présentées sont l'oeuvre de cet acteur-poète stratfordien qu'ils ont connu à Londres, à la belle période du Globe !

2) Or, qu'arriverait-il si d'aventure, ils mentaient ou s'ils étaient victimes d'une cabale ?

C'est à cette interrogation qu'en viennent certains critiques pour ôter à Shakespeare la paternité de son théâtre.

- Les documents sur lesquels se fondent les biographes seraient ou douteux ou susceptibles d'autres interprétations.

- Ou bien des falsifications auraient été accomplies à dessein de cacher l'identité du véritable auteur.

Entre ce que nous savons de l'homme et ce que nous savons de l'oeuvre, c'est peu dire qu'il y a un abîme, et il faut bien pour le franchir recourir à la mystique du génie !

Là, les "antistratfordiens" ont beau jeu de clamer qu'un "campagnard" dont on ignore s'il savait écrire, peut difficilement montrer une connaissance de l'étiquette aussi approfondie que dans "Peines d'amour perdues" ou rédiger dans "Henry V" des scènes en français ! Et comment disposerait-il, sans études suivies, du vocabulaire le plus nombreux et le plus divers de tous les temps ? Comment parlerait-il de Venise ou de Navarre, s'il n'y était allé ? À quels épisodes de sa "médiocre" vie se rattacheraient les grands thèmes tragiques de Hamlet ou de Coriolan ? Autant de mystères qui conduisent à croire que Shakespeare n'est qu'un "vulgaire masque", un prête-nom sous lequel, pour des raisons particulières qui varient, se serait dissimulé quelqu'un.

3) QUI aurait bien pu se cacher sous le pseudonyme de Shakespeare ?

La silhouette semble assez précise : un contemporain né vers 1560 et mort probablement aux alentours de 1615 ? Un lettré de haute naissance ou éducation ? Mieux, un érudit sorti d'Oxford ou de Cambridge avec un bagage assez éclectique pour traiter du siège de Troiedans "Troïlus et Cressida" ; d'histoire romaine dans "Jules César", "Antoine et Cléopâtre" ; de droit dans "Le Marchand de Venise" ; de pathologie mentale dans "Macbeth" et "Le Roi Lear" ; de navigation dans "La Tempête" ; etc. Bref d'un homme d'expérience : grand voyageur, grand amant, au fait des intrigues de la Cour, en rapport avec la police et les chancelleries, mais qui, pour quelque motif : soit dignité sociale soit peur de poursuites, aurait choisi l'incognito !

Une douzaine de personnages répondaient déjà à ces conditions dont on fait autant de "Shakespeare" possibles :

- Francis Bacon qui rallie le plus de suffrages,

- Roger Manners, Comte de Rutland, cinquième du nom,

- William Stanley, Comte de Derby, sixième du nom,

- Henry Wriothesley, Comte de Southampton, troisième du nom,

- Edouard de Vere, Comte d'Oxford, dix-septième du nom,

- Christopher Marlowe,

- Etc. nous ne pouvons pas tous les citer, la liste étant bien trop longue !

C'est à l'américain Joseph Coleman Hart (1798/1855) que remonte en 1848 l'idée plaisante de "détrôner Shakespeare".

Huit ans plus tard, un article du "Putnam's Monthly" allait rendre à jamais célèbre, Miss Delia Bacon : selon elle, son illustre homonyme avait, en plus de ses travaux philosophiques, rédigé les pièces du barde ! À vrai dire - l'argumentation n'étant pas le fort de Miss Bacon qui devait finir dans un asile d'aliénés -, il s'agissait plutôt d'une intuition que d'une thèse !

En 1883, la controverse allait rebondir et on procéda à l'étude comparée des textes de Shakespeare et de Bacon. Le mérite en revient à Mrs. Henry Pott (1833/1915), qui, dans son édition des notes du philosophe devait dénombrer 4400 analogies avec le théâtre shakespearien !

En 1988, on pratiqua le décryptage. L'initiateur Ignatius Donnelly et ses disciples parvenaient finalement à déchiffrer sous les écrits de Shakespeare et de Bacon, des messages secrets établissant la suzeraineté de celui-ci sur celui-là.

De cette thèse baconienne, on peut choisir comme un bon exemple : "The mystery of William Shakespeare" du Juge Thomas E. Webb (1921/1903), dans lequel se conjuguent toutes ces recherches et ces trouvailles. Le Docteur Webb récuse l'authenticité du Folio de 1623. Il dit en effet qu'il faudrait distinguer entre l'acteur Shakespeare, "médiocre personnage" dont nous connaissons les faits et gestes, et le poète Shakespeare, pseudonyme de Francis Bacon, lequel aurait dû recourir à ce subterfuge pour raisons politiques, le théâtre étant incompatible avec la dignité d'administrateur. La preuve avancée ? un aveu qui serait paraît-il décisif :

"Pourquoi me faut-il toujours écrire de même

Et toujours composer de constante façon

Au point que chaque mot trahit presque mon nom

Et révèle son origine et mon emblème ?" (dans "Sonnets LXXVI)

La similitude des tournures dont usent le poète et le philosophe démontre aussi - paraît-il - leur identité.

Le point de vue d'Abel Jules Maurice Lefranc (1863/1952), historien de la littérature française, procède de méthodes voisines pour aboutir à des conclusions radicalement différentes. Il avance avec véhémence le nom d'un autre probable auteur : William Stanley, sixième Comte de Derby. Pourquoi ? Parce que, s'il faut le savoir d'un Bacon pour écrire l'oeuvre de Shakespeare, il faut surtout les intérêts d'un grand seigneur pour lui donner sa couleur politique, pour faire d'elle un bréviaire de l'histoire élizabéthaine.

En outre, la raison de l'incognito est encore plus grande chez Derby, prétendant à la couronne ! L'origine de cette supposition est un fait réel : la passion que William Stanley vouait au théâtre. Il fut lui-même fort mêlé à la guerre des Troupes et entretint des rapports suivis avec les dramaturges. Un rapport secret de la police de la Reine Elizabeth nous apprend même qu'il était uniquement occupé à composer des pièces pour les comédiens, ce qui le détournait de ses préoccupations politiques. Ce rapport est la seule preuve directe que Stanley se soit jamais mêlé d'écrire. Il s'agit essentiellement pour Abel Lefranc de dresser le parallèle le plus étroit possible entre la vie du comte et les pièces du "faux" Shakespeare. Par exemple :contrarié dans ses fiançailles, Stanley aurait exprimé sa douleur dans "Vénus et Adonis" et dans "Le viol de Lucrèce". "Le songe d'une nuit d'été" retracerait le mariage du Comte avec Elizabeth de Vere etc. Il y parvient assez bien. Mais comment expliquer que, décédé en 1642, Derby ait abandonné le théâtre en 1615, l'année précise où l'abandonnait "le stratfordien" ?

Il faudrait donc en venir à d'autres dramaturges de l'époque : à Christopher Marlowe par exemple, dont l'américain Calvin Hoffman s'est fait le champion, et qui présente sur ses rivaux l'avantage d'avoir été un "véritable dramaturge". Une difficulté néanmoins surgit : si le Comte de Derby est mort "trop tard", Christopher est mort "trop tôt", l'histoire voulant qu'un voyou l'ait poignardé en 1593 ! C'est justement à partir de cette ténébreuse affaire que Hoffman s'autorise à échafauder une thèse des plus audacieuses : il ne voit dans l'ancien palefrenier du Globe qu'un paravent derrière lequel, protégé par toute une coterie, se cacherait un "faux mort". En effet, il est bizarre que la disparition de Marlowe coïncide avec l'apparition de Shakespeare en littérature. À cause d'athéisme, de blasphème, de satanisme et de dépravation, le jeune Christopher Marlowe était menacé et avait échappé aux foudres de la justice grâce à un ami bien placé. Mais le 29 mai 1593, une condamnation paraît imminente. Son ami fait simuler un meurtre et Marlowe disparaît ! Il quitte le pays un moment pour revenir poursuivre son oeuvre en la signant d'un faux nom.

Toutefois, tous ces parallèles, tous ces décryptages semblent puérils à une autre fonction de la critique anti-stratfordienne : au lieu de s'épuiser à chercher un Shakespeare, mieux vaudrait tenir son oeuvre pour collective. Ici encore, le mérite de la trouvaille semble revenir à Délia Bacon : ainsi Bacon n'aurait été qu'un acteur en chef présidant une tablée de secrétaires : Raleigh, Lord Buckhurst, Lord Paget, Le Comte d'Oxford.

En 1991, dans "Seven Shakespeare", Gilbert Slater allait remanier la liste et le commandement : Oxford passait en tête suivi de Bacon et de Raleigh, du Comte de Derby, de Marlowe, du Comte de Rutland et de Lady Pembroke (1561/1621).

Abel Chevalley (1868/1933), auteur de "La bête de Gévaudan", a aussi publié des études anglaises. Il avance que les textes groupés dans le Folio de 1923 émaneraient à la fois d'un groupe de seigneurs-poètes et d'une équipe de "poètes attaches", travaillant séparément, mais tous plus ou moins dépendants du "groupe". Et l'on retrouve les mêmes noms. Cependant, cette hypothèse apparaît tout à fait fantaisiste : comment, tramée par "trente mains", la moindre pièce de théâtre garderait-elle quelque unité ? Pourquoi, protégée par la Reine, la coterie se serait-elle choisi un "nom suspect" ? Nous voilà loin de la monotonie : "écrire toujours de même et composer de constante façon" dont se plaignaient "Les Sonnets" !

Partie 3- Jean Paris, né en 1921, auteur, traducteur, qui a enseigné la littérature aux USA et l'Histoire de l'Art dans diverses universités, propose "une solution à l'énigme" sur la véritable identité de Shakespeare.

a) Le défaut commun de toutes les théories que nous avons étudiées, c'est de prêter à l'auteur une instruction dont il n'avait que faire. Pire, c'est confondre un "bagage livresque" avec cette culture vivante dont parle Goethe et que Hamlet définit comme une "conscience ouverte au merveilleux".

Où prend-on d'ailleurs que Shakespeare ait eu tant de lectures ? Qu'il connaissait les langues anciennes, l'italien et le français "idiomatique" ? Qu'on en juge dans l'extrait de Henry V :

"French soldier : que dit-il monsieur ?

Boy : Il me demande à vous dire que vous faites vous prest ; car a soldat icy est disposé toute à cette heure de couper vostre gorge.

Pistol : ouy, ... gorge, purmafoy...

French soldier ! O, je vous supplie pour l'amour de Dieu, me pardonner ! Je suis gentilhomme de bonne maison etc."

Parlons aussi de "sa vision topographique" de Venise ! Elle se réduit à l'évocation du Canal et du Rialto !

Faut-il vraiment jouer de tous les instruments pour être ému comme Lorenzo par la musique d'un clair de lune ?

En revanche, "dans la comédie des erreurs", quelle moisson ! Il met Padoue en Lombardie, la Bohème au bord de la mer, et il s'imagine que Delphes est une île russe ; Hector cite Aristote à la guerre de Troie ; Ulysse crie "Amen !" ; Cléopâtre porte un corset et sa suivante parle de St Mathieu ; dans le "Roi Jean", on menace Angers de canons en 1214. Croit-on que Derby, Marlowe, Rutland ou Bacon tomberaient dans ces "incongruités" ?

Par bonheur, n'étant ni docte ni gentilhomme, Shakespeare se contentera du "suprême pouvoir" de donner forme aux plus douteuses connaissances ! Nul besoin pour lui des traités de magie : un almanach ramassé chez les "Field", et voilà nés : Titania (nom donné par William Shakespeare à la déesse des Fées des contes populaires anglais), Puck (créature féerique du folklore celte, notamment en Irlande, dans l'ouest de l'Écosse et au Pays de Galles), Ariel (personnage de fiction de la pièce de théâtre "La Tempête") et les sorcières (dans Macbeth ou la comédie des sorcières) ! Nul besoin de parcourir "son Italie" : il suffit d'entendre un "vieux gabrier" décrire les "marées de Vérone" ou un pèlerin situer Florence sur la route de Compostelle !

Pleine d'ignorances, de doutes, de relâchements, de plagiats,... l'oeuvre de Shakespeare est "d'un primitif" aussi peu soucieux d'exactitude historique que de couleur locale !

"Pour qu'une chose soit belle selon les règles du goût, écrit Diderot, il faut qu'elle soit élégante, finie, travaillée sans le paraître ; pour être de génie, il faut quelques fois qu'elle soit négligée, qu'elle ait l'air irrégulier, escarpé, sauvage."

Rien ne peint mieux, dans l'histoire élizabéthaine, cette oeuvre monumentale dont"Shakespeare semble moins le créateur que l'incarnation", ce théâtre dont il confesse avec "Hamlet" les fins orgueilleuses : "Présenter, pour ainsi dire, un miroir à la nature."

Un homme hanté par cette ambition conçoit d'abord la société comme un répertoire inépuisable de personnages, et bien avant Pascal, Shakespeare eût pu écrire que "l'étendue du monde n'est qu'un vaste théâtre où chacun joue son différent rôle", et c'est dans la mesure où ils dérogeront à cette philosophie que ses caractères tomberont dans "le grotesque" : le Juge Shallow des "Joyeuses Commères" ; l'intendant Malvolio de "La Nuit des Rois", ou dans "l'horreur" : "Richard III", "Othello" qui finissent par faire corps avec leurs erreurs ou leurs crimes.

Le ridicule et le mal, principes respectifs de la comédie et du drame, apparaissent donc comme un défaut de clairvoyance, et c'est par le recul de l'humour ou de la conscience que se définira l'humanisme shakespearien.

La lucidité doit donc être le propre de l"homme ! Telle quelle, cette lucidité pose un paradoxe. Dans le même temps où elle juge la vie gouvernée par quelque puissance supérieure - Nature, Providence -, elle en affirme l'arbitraire, la relativité. Comment ne pas reconnaître ici la conscience même d'un acteur, d'un homme pour qui tout destin reste un peu fictif, tout engagement éphémère ?

Pour Shakespeare, "vivre c'est jouer, c'est se jouer" : nul ne quitte la scène dans cesser d'être !

L'ami Greene a raison : il faut être un vrai "Jean-à tout faire" pour incarner si foncièrement cet art et l'avoir pratiqué dans les moindres emplois : de souffleur à copiste, de machiniste à régisseur, au point que le monde entier s'y mire et s'y réduise !

Qui fut Shakespeare ?

Toujours dans la partie 3 sur la proposition de Jean PARIS, ci-après le dernier article. J'ai trouvé préférable de recopier en "plusieurs fois" cet exposé datant de la fin des années 1960 afin d'en faciliter la lecture. Je sais que les amateurs de théâtre shakespearien, en interrogeant Internet, peuvent trouver une mine de renseignements sur lui et son oeuvre ! Cependant, depuis longtemps, j'avais envie de partager cet exposé, travail manuscrit qui m'avait demandé beaucoup de temps à l'époque.

b) Qui est Shakespeare ?

Cet "homme de théâtre jusqu'à la moëlle" dira de lui Henri Fluchère (1898/1987), angliciste, Commandeur de l'Empire Britannique en 1963, et par là s'expliquent les fameuses contradictions entre son oeuvre et sa biographie.

Qui, plus aisément qu'un comédien, saurait : le matin "assigner un gueux en justice" et le soir "prêcher au parterre la charité" ? Cette surprenante capacité d'assumer mille et une figures marque en profondeur les oeuvres du poète. Dans un bel essai sur William Shakespeare, je cite Shakespeare's Imagery, and what it tells us, Caroline Spurgeon a souligné cette virtuosité, cette versatilité qui se traduit dans le style par la hantise de la mobilité, de la métamorphose : verbes de mouvement, animation des choses, substitutions d'effets, néologismes, élisions, onomatopées... tout lui est bon pour faire de son langage la plus vaste et la plus diverse expression de l'homme.

Tous ces caractères sont autant de projections de l'être profond. Ils actualisent l'acteur profond que chacun porte en soi. Et c'est dans la mesure où la personne lui paraît si anarchique que Shakespeare réclame une "politique d'ordre" :

Ainsi, dès les premières pièces, voyons-nous s'ébaucher le thème que "Antoine et Cléopâtre", "Troïlus et Cressida", "Mesure pour Mesure" reprendront principalement : "nulle paix dans la cité, nulle dignité dans l'homme n'est durable sans discipline" !

Champion d'un ordre stable, ennemi des factions* (*groupe armé ou politique qui exerce une lutte d'influence au sein d'un ensemble plus large ; par extension dans d'autres domaines), Shakespeare entend que cet ordre se fonde sur le mérite ou le travail.

Que représente cette politique ?

Imagine-t-on un intrigant comme Bacon, un féodal comme Derby... encensant ainsi "la légitimité" ? Non, celui qui prêche ici, c'est comme l'envers du comédien : le bourgeois de Stratford, le gros propriétaire terrien dont le bon sens défend ses terres et maisons contre les deux fléaux qui les menacent : "excès des Grands et révolte des Petits" !

Le poète partage avec entrain l'idéologie officielle, celle des Tudor : en soutenant sa classe, il soutient leur politique éclairée, dynamique, prospère. Sa propre réussite, n'est-ce point d'ailleurs celle de cette Angleterre qui, en moins de cent ans, vient de passer de l'âge médiéval à la puissance moderne ?

Mais ce bel exploit est une dure conquête menacée de déclin, où renaissent sans cesse "les germes du chaos, des rivalités dynastiques, de la guerre". Ainsi l'Etat lui-même n'échappe pas plus au théâtre que les monarques à la mort, et nous voici revenus par ce long détour à "l'incertitude de notre condition". Toute l'oeuvre de Shakespeare tente de répondre à cette angoisse. Pour lui, tout est masque, et c'est parce que la connaissance nous est refusée qu'il faudra, pour l'atteindre, traverser mille épreuves.

"Cette disparité entre l'essence et l'apparence", qui est proprement le fait d'un comédien, deviendra pour Shakespeare un thème des plus obsessionnels : il ne cessera de croître en ampleur et en intensité : des premiers divertissements de la Cour aux tragédies de la fourberie et de l'illusion. Cette difficulté de s'en remettre aux apparences procède, pour Shakespeare, d'une notion ambiguë de l'être, par quoi l'acteur se trahit pleinement.

Les plus grandes pièces de William Shakespeare culminent en ces moments fulgurants où "l'ordre en s'écroulant révèle le vice qui le rongeait". Par exemple, dans "Othello", où de scène en scène, au lieu de produire une vérité, l'action s'égare, s'épaissit, s'enténèbre au point que les acteurs en perdent presque leur consistance : "le vrai coupable ne sera pas assassin, mais l'assassin sera aussi victime, et dont la vraie victime (Desdémone) causera la perte à son insu".

Sur tous les plans, l'oeuvre de Shakespeare est un reflet de sa situation fondamentale. Contraint par son art-même, son art de comédien, à méditer sur les rapports de l'homme et de ses masques, nous le verrons peu à peu approfondir l'interrogation jusqu'à lui soumettre "l'histoire et le cosmos". D'autres thèmes, certes, donnent à cette oeuvre sa cohérence, mais celui-ci les résorbe, les suppose tous. Partout, nous rencontrons la même obsession, "le même désir de forcer l'apparence", de déterrer la vérité cachée dut-elle être désespérante. Est-il besoin pour se faire d'être "si grand serf, seigneur ou initié" ?

Aujourd'hui, William Shakespeare est devenu son propre mythe", au point que ses innombrables interprétations trahissent plus les secrets de leurs auteurs que les siens-mêmes. Par cette recherche acharnée d'une signification, nous retrouvons, "multiplié par quatre", son drame. Mais, ce drame, celui de toute connaissance, c'est sous le signe du théâtre qu'il a choisi de le résoudre. Le dernier voeu de Shakespeare, combien ironique, sera encore pour nous dérober son secret : "Et plus profond que la sonde atteignît jamais, je noierai mon livre". Il a magnifiquement réussi !

THE END.

Que ce soit Molière en France (de son vrai nom Jean-Baptiste Poquelin - usant d'un pseudonyme -, auteur et acteur) ou Shakespeare en Angleterre, tous les deux ont mis sur scène la nature humaine en essayant d'arracher le masque des apparences, en se gaussant de leurs contemporains dans les comédies ou en exagérant leurs troubles dans les tragédies. Même Jean de la Fontaine, dans ses Fables qui mettent en scène des animaux, arrache par ce biais original le masque des apparences.

Je comprends d'où je tiens cette exécration des apparences : mon jeune esprit de lycéenne avait dû déjà être façonné par mes lectures et mon intérêt pour le théâtre de Molère et de Shakespeare ainsi que par les Fables de La Fontaine. D'ailleurs, j'utilise fréquemment comme devise que j'ai fait mienne : "la diplomatie est la forme intelligente de l'hypocrisie", non pas que je refuse la courtoisie - forme de politesse qui permet d'appréhender les codes sociaux pour vivre en bonne harmonie avec ses semblables -, mais la fausse apparence que les gens donnent d'eux-mêmes, par intérêt, par tromperie ou peut-être parce qu'ils ne savent pas qui ils sont eux-mêmes.

La lecture : un excellent moyen d'évasion, certes, mais aussi de partage de connaissances, de gymnastique de l'esprit, de réflexion.

L'écriture : un mode de transmission de ses pensées et opinions, de ses sentiments et ressentis.

J'espère que je ne vous aurai pas ennuyé(e) avec mon exposé qui date de mes années de lycée.

 

Merci Lucille

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