Amour, ton être, en vérité, ressemble fort

à une roue en perpétuel mouvement :

son passager tantôt chante et tantôt soupire ;

pour lui, point de repos, qu’il descende ou qu’il monte !

 

Il te proclame tout à tour fidèle et traître ;

il est ton allié, il est ton ennemi,

se livre à ton pouvoir pour bientôt se reprendre,

tremble au sein du bonheur, et aux pires moments

 

espère encore… il monte au ciel, tombe en enfer ;

il est perdu au large, et le voici au port,

grelotte en plein été, et en hiver étouffe.

 

Pour moi, hélas ! au fort de ma tranquillité,

un souci insidieux m’attaque : ainsi mon cœur

demeure suspendu entre vie et trépas !

Le père de Gaspara Stampa, Bartolomeo, originaire de Milan, était bijoutier et marchand d'or à Padoue, et sa mère, Cecilia, originaire de Venise. Lorsque Gaspara Stampa a huit ans, son père meurt. Sa mère revient s'installer à Venise avec ses enfants, Gaspara, Cassandra, et Baldassarre, qu'elle continue à instruire, leur dispensant une solide éducation humaniste en littérature, musique, histoire, peinture, etc. Gaspara et Cassandra excellent à chanter et à jouer du luth1. Quelques années après leur arrivée à Venise, le domicile de la famille Stampa devient le lieu d'un salon littéraire fréquenté par quelques personnalités artistiques de la cité, écrivains, peintres et musiciens, tels Francesco SansovinoGiuseppe Betussi ou encore Anton Francesco Doni2.

Quand son frère meurt en 1544, Gaspara Stampa en est très meurtrie et envisage de devenir nonne : une célèbre religieuse, Paola Antonia Negrin, des Sœurs Angéliques de Saint Paul, l'encourage en ce sens. Elle revient toutefois à la dolce vita de Venise, et connait sans doute une histoire d'amour avec le comte Collaltino di Collalto, un homme d'armes, mélomane et poète. La relation aurait été rompue en 1550 par Collaltino di Collalto. Gaspara Stampa est à nouveau très touchée par cet abandon, et connaît une période de prostration et de dépression. De cette période résulte également l'essentiel des 311 poèmes qui lui sont attribués. A la façon du Canzoniere de Pétrarque, son recueil de poésie est consacré à ses tourments amoureux2.

En 1550, Gaspara Stampa devient membre de l'Accademia dei Dubbiosi sous le nom de Anaxilla. Vers la fin de l'année, Collaltino revient à Venise, et Gaspara Stampa reprend contact, mais bientôt, profondément déprimée, elle rompt cette relation avec Collaltino et amorce une nouvelle relation avec un autre homme, Bartolomeo Zen.

Entre 1551 et 1552, Gaspara Stampa connaît une période de relative tranquillité. Mais l'année suivante, son état de santé empire. Elle passe quelques mois à Florence en espérant que le climat plus doux puisse la guérir. Elle retourne ensuite à Venise, tombe malade avec une forte fièvre, et au bout de quinze jours, meurt, le 23 avril 1554.

En octobre 1554, Pietrasanta publie la première édition de la poésie de Stampa, une édition préparée par sa sœur Cassandra et dédié à Giovanni Della Casa, dans un recueil posthume dénommé Rime.

Les poèsies de Gaspara stampa en ITALIEN.

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Et oui, ce fichier est protégé et verouillé.

Je n'ai pas trouvé de traductions gratuites et honnêtes de ses poèmes.

J'ai osé traduire son esprit. j'y ai retiré l'annonce religieuse qui est intègre pour son époque, mais mes idées anti-religieuses n'ont pas pu prétendre parler d'un quelconque esprit mystique. La force de ses mots pourront nous le faire deviner pourtant.

Ma traduction est donc aisément criticable, mais j'aime tellement l'esprit de cette femme, que je dois travailler ainsi.

Lire ses poèmes, dessiner aussi en écoutant son âme. Pourquoi pas ?

Poèsie 1

Voi, ch’ascoltate in queste meste rime 

in questi mesti, in questi oscuri accenti

il suon degli amorosi miei lamenti

e de le pene mie tra l’altre prime,

ove fia chi valor apprezzi e stime,

gloria, non che perdon, de’ miei lamenti

spero trovar fra le ben nate genti,

poi che la lor cagione è sì sublime.

E spero ancor che debba dir qualcuna:

– Felicissima lei, da che sostenne

per sì chiara cagion danno sì chiaro!

Deh, perché tant’amor, tanta fortuna

per sì nobil signor a me non venne,

ch’anch’io n’andrei con tanta donna a paro? 


 

Toi qui écoute dans ces rimes tristes, dans ces obscurs accents,

le son de mes complaintes amoureuses.

Toi qui lit mes peines parmi ces premiers vers.

lorsque le mérite de la vertu s'apprécie et fait l'objet d'un jugement estimé.

Gloire aux gens bien nés qui pardonneront mes lamentations.

puisque ce sujet est magnifique.

Et j'espère toujours que vous allez dire quelques mots :

comme “elle est heureuse “ ainsi, me soutenir pour une cause qui rayonne, 

ce motif aussi clair.

Pourquoi tant d'amour, tant de chance

oui, noble monsieur qui ne m’est pas venus.

Aurai-je été avec tant de femmes en paroles ?

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Poèsie 2

Era vicino il dì che ’l Creatore,

che ne l’altezza sua potea restarsi,

in forma umana venne a dimostrarsi,

dal ventre virginal uscendo fore, 

quando degnò l’illustre mio signore,

per cui ho tanti poi lamenti sparsi,

potendo in luogo più alto annidarsi,

farsi nido e ricetto del mio core. 

Ond’io sì rara e sì alta ventura

accolsi lieta; e duolmi sol che tardi

mi fe’ degna di lei l’eterna cura.

Da indi in qua pensieri e speme e sguardi

volsi a lui tutti, fuor d’ogni misura

chiaro e gentil, quanto ’l sol giri e guardi.

 

C’était ce jour là, un homme digne et élevé spirituellement,

est venu se manifester humainement.

dès la sortie de son ventre maternel,

lorsqu'il a daigné rendre hommage à mon esprit.

je lui ai transmis beaucoup de plaintes éparses

pouvant s’abriter dans un endroit supérieur, 

devenir le refuge de mon coeur.

Ce moment recherché me remplissait de joie

la douleur dans son éternité en devenait précieuse,

l’espoir dans mes pensées me laisser le contempler  totalement

doucement pour le mesurer en le contournant.

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